Valverde Sepúlveda, Reinaldo


Noms de famille: Valverde Sepúlveda

Prénoms: Reinaldo Santiago

Date de naissance: 19340329

Noms des parents: Romilio Valverde Luna et Blanca Sepúlveda Garrido

Ville natale: Santiago

Place dans la famille: Avant-dernier de six frères et sœurs : Hilda, René, Lucía, Helide, Reinaldo et Sonia

Religion: Non-croyant

Scolarité: Éducation secondaire et universitaire à l'École du soir pour les ouvriers de la construction. Suivit des cours en analyse des systèmes chez IBM et obtient son diplôme de la Faculté d'architecture de l'Université du Chili

Activité au Chili: Analyste de systèmes dans diverses entreprises, dont ENACO, une entreprise de construction.

Participation au Chili: Militant de la jeunesse communiste jusqu'en 1957. Depuis cette année, membre du Parti socialiste

Situation de famille: Marié avec Liliana Mosquera.

Enfants: Quatre enfants : Francis, Reinaldo, Rodolfo et Licien

Petits-enfants: Huit petits-enfants, quatre nés au Chili et quatre à Toronto

Résidence au Chili: Santiago, commune de Cerrillos

Année d'arrivée au Québec: Janvier 1974, à Toronto, après trois mois comme réfugié à l'ambassade du Honduras au Chili. Depuis 1977 à Montréal

Activité au Québec: Analyste de systèmes chez Via Rail et autres entreprises

Participation au Québec: Principal dirigeant de la branche canadienne du Parti socialiste du Chili, faction de coordination nationale régionale (CNR)

Résidence au Québec: Montréal-Outremont

Retour au Chili: Non

Date du décès: 20051219

Ville du décès: Montréal

Annexes:

Biographie politique de Reinaldo Valverde Sepúlveda

Par Micheline de Sève

Né en 1934, Reinaldo décide de voler de ses propres ailes dès l’âge de onze ans. Fils d’un père patron cordonnier, il gardera toute sa vie les cicatrices de ce métier qui ne lui convenait manifestement pas. Il survit de petits boulots mais c’est en rejoignant les Jeunesses communistes qu’il trouve un nouvel ancrage. L’École nocturne des ouvriers de la construction (ENO) lui permet de reprendre son éducation, au niveau secondaire et universitaire. Adolescent, il s’engage à fond dans le mouvement étudiant et arpente le pays sur ordre de la direction du Parti communiste chilien (PCC) pour retisser les liens entre ses militants, chassés du pouvoir par González Videla et réduits à la clandestinité de 1948 à 1958, l’année où le gouvernement de Carlos Ibáñez lève l’interdiction qui pèse sur le PCC. La même année, il obtient son diplôme de fin d’études en informatique de la Faculté d’architecture et d’urbanisme de l’Université du Chili, en l’associant, grâce à des stages offerts par IBM, à une formation en analyse de système, profession qu’il amorcera en mettant sur pied le système d’analyse de données de l’Université du Chili puis au service de plusieurs grandes compagnies comme ENACO, une entreprise de construction chilienne.

Ses liens avec le PCC se distendent après 1956, suite au choc provoqué par les révélations du Rapport secret du XXe Congrès du Parti communiste de l’URSS où Khrouchtchev dénonce les crimes de Staline. Les années soixante sont marquées par le succès de la Révolution cubaine et la campagne incessante du candidat socialiste Salvador Allende dont le Train de la Victoire enthousiasme les jeunes comme Reinaldo. Il rejoint la fraction du Parti socialiste dirigée par Carlos Altamirano vers le milieu de la décennie tout en privilégiant son activité professionnelle et les besoins de sa famille.

L’arrivée au pouvoir du gouvernement de l’Unité populaire le trouve à l’emploi du service d’informatique du Ministère des Travaux publics. Il quitte son poste pour intégrer l’exécutif du département national syndical du Parti socialiste, devient responsable de la mobilisation des Cordons industriels, en particulier le Cordón Cerrillos, et met la main à la pâte pour rédiger plusieurs discours de Carlos Altamirano.

Recherché au lendemain du Coup d’État, il est abrité par des amis d’un jour à l’autre et doit vite se résoudre à chercher refuge. C’est Isabel Allende, la fille du Président, qui le dépose à l’Ambassade du Honduras où une entente improbable a organisé le sauvetage de quelques dizaines de militants du PCC et du PS. Et c’est au Honduras, deux mois plus tard, qu’une mission canadienne vient offrir aux nouveaux exilés de se réfugier au Canada.

Reinaldo atterrit à Toronto le 10 janvier 1974. De là, il fait venir sa femme dont il s’était éloigné depuis l’élection d’Allende et ses quatre enfants, Francis, son aînée, qu’il a adoptée en se mariant, deux garçons, Reinaldo jr. et Rodolfo et la petite dernière, Licien. Il se sépare bientôt, définitivement de son épouse cette fois, pour se relancer à nouveau dans l’action militante à plein temps. Le contact renoué avec Benjamin Cares, dit Pedro, un vieux militant du Parti socialiste qui a entrepris d’organiser la résistance clandestine au Chili, il entreprend de mettre sur pied des cellules de la Coordinadora de regionales du Parti socialiste dans les principales villes du Canada où se sont réfugiés comme lui des militants ou des sympathisants du Parti socialiste chilien (CNR). Séduit par le dynamisme du milieu syndical et politique solidaire de la lutte contre Pinochet à Montréal, il s’y installe à demeure en 1977. Avec un petit groupe de jeunes Chiliens, Latino-Américains et Québécois de souche rassemblés sous l’étiquette du PS (CNR), il mène l’organisation de multiples activités : soirées de soutien à la résistance, documentaires, pièces de théâtre, disques du Ñancahuazú, un groupe de musique andine formé par ses soins et dont il est particulièrement fier, invitation à Montréal de témoins privilégiés comme Pedro Vuskovic, ancien ministre de l’Économie, du Développement et de la Reconstruction sous Allende, établi au Mexique. Sans compter le soutien au flot incessant de nouveaux demandeurs du statut de réfugiés chiliens à Toronto comme à Montréal ou Vancouver et une infinité de réunions internes du Parti ou de comités de liaison avec des représentants d’autres groupes politiques, marxistes surtout, ou de milieux syndicaux ou communautaires avec qui coordonner ou disputer le contrôle des opérations et le choix des stratégies à promouvoir. C’est ainsi que le Canada, qu’il parcourt de Vancouver à Halifax, fera largement sa part dans le soutien financier à la réorganisation au Chili du Parti socialiste (CNR) sous la dictature.

Reinaldo ne restera pas indifférent non plus à la redéfinition d’une stratégie de rénovation du socialisme sous l’impulsion de l’eurocommunisme à la fin des années 70 quand il devient clair que la voie de la lutte armée ou des actions insurrectionnelles à la Che Guevara mène à un cul de sac. Délégué à la Rencontre mondiale du PS (CNR) à Paris en mai 1978 avec deux camarades montréalais, il est forcé de constater le fossé entre l’orientation militariste que veut imposer le Parti à l’intérieur et la construction d’une voie négociée de sortie de la dictature favorisée par les dirigeants de l’organisation en exil.

L’écrasement du mouvement Solidarnosc en Pologne au début des années 80 achève de le convaincre de l’incompatibilité du socialisme dit réel avec le régime démocratique qu’il travaille de toutes ses forces à instaurer pour son pays depuis tant d’années. Les millions d’ouvriers polonais en grève sont pour lui comme pour bien d’autres activistes convaincus la preuve vivante de l’échec du marxisme comme science du pouvoir. Cette double rupture consommée, les militants se dispersent et Reinaldo se retire de toute responsabilité officielle. Il reste en contact avec Carlos Altamirano à Paris et Pedro Vuskovic à Mexico, avec qui il collabore à la première édition d’une version en espagnol du Monde Diplomatique. Enfin titulaire d’un passeport canadien, il voyage en France, en Allemagne et en Espagne à la rencontre de vieux camarades qui s’efforcent avec Ricardo Lagos de renforcer l’option en faveur d’une stratégie de Concertation des Partis pour la démocratie, l’alliance politique qui réussira enfin à forcer la dictature à remettre le pouvoir aux civils et entamer le processus de démocratisation.

Rayé en 1987 de la liste des interdits de séjour au Chili, il y effectue plusieurs courts séjours. Cela lui permet de renouer avec de vieux camarades comme Ernesto Benado ou Pedro Duran et de discuter des choix stratégiques offerts pour dessiner les contours de la transition vers un régime pleinement démocratique après l’élection de Patricio Aylwin à la présidence du pays en décembre 1989, puis de Ricardo Lagos en janvier 2000. Son cœur le lâche le 19 décembre 2005, entre les deux tours de l’élection, cette fois, de Michèle Bachelet. Il attendait la suite avec plein d’espoir.

J’aurai eu la chance de vivre pendant 28 ans aux côtés de cet homme généreux, déterminé à cheminer avec ses compagnons de lutte vers « des lendemains qui chantent ».